Quand l'anxiété devient une maladie

04/05/2019

Imaginons que pour des raisons mystérieuses l'anxiété de Gérard augmente encore, qu'il se sente de plus en plus tendu, avec des pensées tournées uniquement vers des catastrophes possibles, qui perturbent son sommeil et sa capacité de se concentrer.

Si son médecin généraliste l'envoie consulter un psychiatre, celui-ci fera sans doute le diagnostic d'anxiété généralisée.

Le trouble anxieux généralisé se manifeste par des soucis injustifiés ou excessifs, mais s'y ajoutent trois types de symptômes : 

  • une hyperactivité du système nerveux végétatif (le système nerveux qui commande les réactions involontaires) : palpitations, sueurs, bouffées de chaleur, envies répétées d'uriner,« boule dans la gorge » ...
  • une tension musculaire : tressautements, contractures douloureuses (dos, épaules, mâchoires), entraînant souvent une fatigabilité;
  • une exploration hypervigilante de l'environnement : sensation d'être aux aguets, survolté, difficultés de concentration à cause de l'anxiété, troubles du sommeil, irritabilité.

Le trouble anxieux généralisé est comme une caricature de la personnalité anxieuse et les sujets qui en sont atteints en souffrent beaucoup. C'est une véritable maladie, qui nécessite un traitement. Les traitements les plus efficaces sont souvent l'association d'une psychothérapie et de médicaments.

Parmi les psychothérapies, les thérapies cognitives et comportementales, on propose au patient: 

  • l'apprentissage de la relaxation, pour l'aider à contrôler lui-même ses réactions anxieuses excessives;
  • des séances de restructuration cognitive : le thérapeute aide le patient à remettre en question ses pensées anxieuses. En particulier, il l'aide à réévaluer la gravité et la probabilité des dangers qu'il surestime.

Mais la psychothérapie sera parfois associée à un traitement médicamenteux, d'abord parce que le patient souffre beaucoup et doit être soulagé assez rapidement, ensuite parce que, comme
pour beaucoup de troubles psychologiques, l'association des deux approches, psychothérapies plus médicament, est dans certains cas plus efficace que les deux isolément.

Parmi les médicaments de l'anxiété, deux grandes classes sont utilisées par les médecins, les anxiolytiques et les antidépresseurs.

Le choix entre antidépresseur et anxiolytique est une décision médicale, guidée par ce que dit le patient de ses symptômes. En fait, les anxiolytiques sont presque toujours prescrits au début, pour calmer rapidement le patient. Dans certaines troubles anxieux sévères, l'ajout d'un antidépresseur permet souvent d'améliorer le résultat et de réduire ensuite les doses d'anxiolytiques.

Les traitements pour le trouble anxieux généralisé peuvent aussi être utilisés pour la personnalité anxieuse, selon les besoins du patient. 

Écoutons ce même Gérard, qui a décidé de se soigner. 

En fait, je crois que je me suis habitué à mon anxiété, pour moi c'est la vie normale, mais c'est ma femme qui m'a poussé à aller consulter. Elle supportait de plus en plus difficilement de me sentir sous tension. 

En plus, j'ai tendance à lui demander un peu trop souvent si elle a bien fait ce qu'elle avait prévu : par exemple, emmener les enfants se faire vacciner, s'occuper de tel ou tel papier administratif, prendre rendez-vous avec un artisan pour la maison. Comme en général elle s'en était bien occupée, elle supportait mal que je cherche toujours à le vérifier. 

Et puis, il faut dire que j'avais aussi du mal à m'endormir, surtout au moment de la rentrée, quand il y a tant de choses à faire.

Je suis d'abord allé voir mon généraliste qui m'a prescrit un anxiolytique. 

 Il m'a expliqué comment le prendre : quelques jours de suite pendant les périodes difficiles, en ne dépassant jamais la dose habituelle, et en essayant de m'en passer le reste du temps. C'est-vrai que ça m'a bien aidé. J'ai commencé le week-end pour m'habituer et vérifier que ça ne m'endormait pas, puis j'ai continué en faisant varier la dose du simple au double selon les jours. 

Avec ce médicament, ma personnalité ne change pas, je reste préoccupé de tout prévoir, mais je me sens moins sous pression.

Ma femme a constaté que ça me réussissait, mais l'idée que je prenne une pilule ne lui plaisait pas. Du coup, elle m'a conseillé d'aller voir une psychologue recommandée par une amie. 

J'y suis allé avec réticence, je n'avais pas du tout envie de « raconter mes problèmes ».  

La psychologue l'a compris et m'a proposé d'apprendre la relaxation. Au bout de six séances, j'arrivais à me relaxer assez profondément, et j'ai commencé à utiliser la relaxation pour trouver le sommeil.

Mais surtout, elle m'a montré comme faire des mini-relaxations dans la journée, assis, les yeux ouverts, pour faire baisser ma tension, sans me relaxer complètement, bien sûr. Maintenant, je fais ça plusieurs fois par jour: après un coup de fil, au volant pendant l'attente aux feux rouges, je fais une dizaine de respirations diaphragmatiques et ça me détend.

Ensuite, elle m'a proposé de commencer une véritable psychothérapie, mais là j'ai trouvé que ça n'était pas nécessaire. 

Avec un peu de médicament de temps en temps, et un peu de relaxation, je trouve que ça va déjà mieux.

Cet exemple montre qu'on peut parfois beaucoup aider les patients avec des moyens simples, et que de nombreuses personnes ne demandent parfois pas davantage.

Peut-être quelqu'un dira-t-il: « Mais Gérard n'a pas résolu son problème d'anxiété! Il ne s'est occupé que de ses symptômes, il n'a pas traité la cause profonde. Seule une thérapie approfondie, comme une psychanalyse, peut lui permettre de comprendre les causes de son anxiété et de se libérer de ses symptômes. »

Ce type de réponse est assez courant quand on propose au patient un traitement médicamenteux, ou de la relaxation. Malheureusement, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, les causes de l'anxiété excessive ne sont pas clairement connues. Elles diffèrent selon les patients et il serait prétentieux, en l'état actuel des connaissances, de vouloir à chaque fois traiter la « cause »

Extrait du livre "Comment gérer les personnalités difficiles" 

de François Lelord et Christophe André