Manger vivant et à l'instinct

29/05/2018

En Occident, nous ne savons plus ou pas encore très bien nous nourrir. Ce qui est une cause de maladies. Mais nous sommes en train d'apprendre comme en témoigne la foison de publications concernant la détoxification et l'alimentation. 

La politique s'y met elle aussi qui a décidé de faire la peau à la malbouffe en nous sensibilisant au « risque alimentaire »

Hippocrate rappelle « que ton aliment soit ton médicament ». 

Tout débord, nous mangeons trop. Soumis et sensibles à la suggestion extérieure, nos goûts sont déformés et certains de nos besoins ont été créés de toute pièce : 

« On se remplit de tout, sans rien désirer vraiment, à commencepar la nourriture. Nombre de patients nous racontent leur frénésie d'activités pendant ljournée qui se prolonge par les pulsions alimentaires nocturnes. Manger est une façon de restedans le tourbillon et de ne pas être livré au vide, raconte Gérard Apfledorfer, psychiatre et spécialiste des troubles alimentaires. Le mangeur contemporain se trouve pris entre deux feux

D'un côté, des incitations consuméristes subtiles, entretenues par la publicité et le marketingDe l'autre, sous couvert du nutritionnellement correct, une morale janséniste délivrée par lcorps médical et les autorités publiques : une demi-heure tu marcheras, des légumes tu mangeras. De quoi rendre les gens fous. » 

Et pourtant, il est possible de manger sainement et joyeusement, en faisant plaisir autant au corps qu'à l'esprit, sans oublier les sens: 

« Il ne m'avait jamais été donné de déguster demets aussi fins, pleins de vie et qui donnaient  l'impression de nourrir toutes les parties de mon  corps» se souvient Eric Viard, à l'issue de sa première expérience "d'alimentation vivante". 

En alimentation vivante, on n'a recours qu'à des aliments crus, de préférence biologiques et à composante alcaline, qui n'ont subi aucune transformation, exception faite de la germination et de la fermentation. La cuisson se fait à une température inférieure à 40°C. 

Dans cette pratique, on adopte aussi le principe des «combinaisons alimentaires » (Voir les principes du Dr Shelton), qui consiste à ne pas mélanger certains groupes de nutriments, par exemple les protéines avec les féculents, ou les fruits sucrés avec les fruits acides...

Manger végétarien, c'est tendance

"On dit que le type de nourriture que nous cherchons reflète le niveau de développement de notre conscience " avance Géraldine Lethenet, auteur de "Yoga, énergie, alimentation".

Le végétarisme, fréquent dans les pays nordiques, angle-saxons et germaniques, reste 
mal connu en France. Si les médecins et diététiciens nord-américains s'accordent à dire 
qu'un régime végétarien bien planifié et équilibré peut apporter tous les nutriments nécessaires, il en va autrement en France. Parler d'un régime qui exclut les protéines animales provoque sinon un tollé, du moins beaucoup de doutes. 

« Il faut être conscient que la plupart des médecins français ont des notions très limitées de diététique générale et des connaissances quasi inexistantes concernant le végétarisme. Il 
faut donc prendre avec beaucoup de prudence leurs allégations. Nombreux ceux qui ont des a 
priori sur l'alimentation végétarienne, prévient Lionel Reisler, ancien président d'Alliance Végétarienne.

Cette ignorance est encore plus grande de la part des diététicien(ne)s qui n'ont pas un seul cours consacré à l'alimentation gétarienne pendant leurs études. Seules médecins et diététicien(ne)s qui se sont documentés personnellement sont aptes à vous conseiller, mais il n'est pas évident de les repérer»

Depuis quelques années, les mentalités évoluent. Les livres de recettes et les restaurants végéta- 
riens sont de plus en plus nombreux. Variée et colorée, cette cuisine fait de plus en plus d'adeptes. «Actuellement, il semblerait qu'un phénomène de mode soit en train de se développer. Dans certains milieux branchés, cela devient très "tendance" de manger végétarien » écrivait déjà Lionel Reisler en 2001 dans Le végétarisme, 100 questions-réponses sur un mode de vie. 

La viande difficile à digérer

Les recherches médicales démontrent de plus en plus clairement le lien direct entre certaines maladies et le fait de manger trop de viande.

La trop grande longueur de l'intestin humain est à l'origine de la putréfaction des aliments d'origine animale dans le corps. La stagnation de viande putréfiée déclenche peu à peu une intoxication chronique de l'organisme par acidification excessive des tissus du tube digestif. 

La digestion perturbée peut être à l'origine de troubles mineurs (ballonnements, flatulences, constipation, diarrhée, crampes ... ) ou de troubles plus importants, lorsque les organes émonctoires (foie et reins) se trouvent épuisés. L'excès d'acides gras saturés et de cholestérol favorise l'apparition de maladies cardiovasculaires comme l'artériosclérose, l'infarctus ou les thromboses. Les scientifiques constatent d'ailleurs une augmentation des maladies cardiovasculaires et des cancers depuis l'après-guerre. 

Or, c'est depuis cette période que notre consommation a été multipliée par quatre. 

Une approche vibratoire énergétique

Nos aliments véhiculent des énergies subtiles qui nourrissent nos organes et nos corps énergétiques, influençant nos émotions, nos pensées, nos comportements et notre santé. 

Ce n'est sans doute pas un hasard si dans de nombreuses traditions, frugalité et végétarisme sont à l'honneur. Le taoïsme considère la chair animale comme énergétiquement faible. 

Dans les monastères zen du Japon, la « cuisine pour la pratique» ou Shôjin Ryôri est végétarienne, raffinée par sa recherche mêlant simplicité et subtilité. 

« Le mental esconstitué par la partie la plus subtile des aliments; si ceux-ci sont impurs, le mental devienimpur» disait Swami Sivananda. 

Le régime du yogi est traditionnellement un régime lacto-végétarien composé d'aliments sattviques : des céréales, des légumes, des fruits, des légumineuses, des noix et des graines. Autant d'aliments réputés entretenir la santé du corps et favoriser un développement mental et spirituel harmonieux. Les aliments tamasiques (viande, œuf, poisson, alcool, conserves, nourriture réchauffée et les aliments rajasiques (café, thé, chocolat ... ) sont évités. 

« D'après l'enseignement des Rishis, la viande, le poisson, les épices comme le poivre
etc., enfin l'alcool, le tabac, renferment des éléments rajasiques et tamasiques en rapport 
avec les passions, l'inertie, la paresse, l'enracinement dans la matière. Ils contrecarrent l
travail de purification des nadis et des centres de force, poursuivi dans une sadhana éclairée 
par la respiration énertiquindique S.-M. Hamsananda dans Naturopathie et Yoga.

Pour Géraldine Lethenet, « tout étudiant de yoga devrait éviter complètement la consommation de viande, notamment de viande rouge. Le principe premier yama étant ahimsa, il va de soi que consommer un aliment qui nuit à la vie d'une autre créature vivante est contradictoire avec la démarche même du yogi ».

Le Mahatma Gandhi va plus loin en affirmant que « le progrès spirituel exige de nous que nous cessions de tuer les autres êtres vivants pour nos besoins corporels » 

Cependant, le corps et l'esprit se sont forgés d'une certaine manière et ne se transformeront que progressivement. Comme nous pénétrons petit à petit la pratique des asanas et du pranayama, nos aliments et notre façon de les manger changeront aussi avec le temps.

Plus l'on pratique le yoga et plus l'on choisit spontanément des aliments frais, qui se digèrent facilement, et ne produisent pas de toxines. « S'il est vrai que, pour les yogis, les choix alimentaires ne peuvent être anodins, sans doute est-il préférable d'opérer un choix personnel éclairé et juste qui tienne compte de la personne que nous sommes et qui porte en lui les germes dvolution à venir» propose Isabelle Calkins dans un article sur le végétarisme 
publié sur yogamassala.com. 

Bien qu'elle prône le végétarisme et soit végétarienne elle-même, Géraldine Lethenet estime que 
« chacun doit rester libre et qu'il n'est pas forcément incompatible de pratiquer les exercice
yogiques tout en continuant à apprécier brochettes de poulet et sardines ». 

Laurence Pinsard

Extrait de Santé Yoga n° 115 du mois de mars 2011